13 sept. 2026
13 sept. 2026

Lecture performance | " Nécessaire et urgent "

Annie Zadek accueillie en résidence à la Villa Rohannec'h en 2026 lira son texte " Nécessaire et urgent"

Accueillie en résidence de création durant la saison 2026 avec le compositeur Andrea Sarto, l'écrivaine Annie Zadek propose à l'occasion de leur sortie de résidence commune (samedi 12 septembre) de prolonger la découverte de son univers par une lecture-performance où elle sera seule sur scène : Nécessaire et urgent est un texte d'Annie Zadek, composé de 524 questions. Ces questions, ce sont celles qu'Annie Zadek n'a pas posées aux siens, Juifs polonais et communistes, immigrés en France en 1937, moins pour fuir les nazis que pour échapper à une condition sans avenir.

En 2016, le texte d’Annie Zadek, Nécessaire et urgent, a fait l'objet d'une présentation au Théâtre national de La Colline, dans une mise en scène d’Hubert Colas.

Nécessaire et urgent - Annie ZADEK - Site Vues de l'esprit

Annie Zadek

De parents juifs-polonais immigrés en France en 1937, Annie Zadek est née à Lyon où des études de philosophie et d'esthétique (Université Lyon II auprès d'Henri MALDINEY) ont construit sa conviction d'un processus créatif commun aux diverses formes artistiques et littéraires. Elle a vécu et travaillé dans sa ville natale jusqu'à son installation dans une friche industrielle du Parc Naturel régional du Pilat (Loire) où son engagement en faveur de la littérature contemporaine comme son investissement écologiste ont tenté de s’inscrire. Elle vit aujourd'hui en Normandie dans la région caennaise..

Si, pour elle, le livre – le texte – est primordial, il n’en est pas moins la source de métamorphoses multiples tout aussi nécessaires : mises en scène théâtrales (Jean-Louis Martinelli, Patrick Bonté, Alain Halle-Halle, Christophe Perton, Pierre Meunier, Hubert Colas) ; radiophoniques (France Culture, Radio-Suisse Romande, W.D.R Köln) ; sérigraphies ; installations (Kunsthalle Göppingen, Studio National des arts contemporains du Fresnoy), lectures publiques expérimentales conçues seule ou avec des plasticiens (Tina Bepperling, Yves Rozet, Catherine Beaugrand, Arno Gisinger...) Après des résidences d’écriture en Allemagne (Akademie Schloss Solitude, Stuttgart), en Russie (Institut français de Moscou), en Belgique (Centre d’art contemporain du mouvement et de la voix des Brigittines, Bruxelles), une Mission Stendhal de Cultures France en Tchéquie, Pologne, Allemagne, Autriche, elle a bénéficié en 2013 d’une résidence du Conseil Régional d’Ile de France avec l’Ancienne gare de déportation de Bobigny.

A propos du texte "Nécessaire et urgent"

Ce sont plus de 500 questions que je n’ai pas posées aux miens, sur eux et sur leur exil de la Pologne. En 1937, ils sont partis. Et comme cette génération de Juifs polonais et communistes, ils sont venus en France. Pas tant à ce moment-là pour fuir les nazis que pour échapper à l’enfermement dans une vie qui ne leur offrait aucun avenir. Beaucoup de gens s’exilent, partent, juste parce qu’ils ne peuvent pas vivre dans l’endroit où ils sont nés. Ils m’ont éduqué à la française républicaine. On ne disait rien, rien sur rien, sur la vie d’avant. Et bien entendu, ça me convenait parfaitement. Un enfant pense à ces questions mais ne les pose pas. Je pense que si je l’avais fait, si j’avais questionné, ils n’auraient pas pu répondre ou pas répondu pour m’épargner. Comment dire aux enfants : “On est parti. On voulait vivre autrement. On a laissé nos parents. On a tout laissé.”? Ils sont partis pour vivre leur jeunesse et leur engagement politique et intellectuel. Je pense que j’éprouve une sorte de culpabilité au second degré de cet abandon. Mais il n’y a pas qu’un aspect misérable et effroyable de l’exil. Quand on part, c’est pour vivre mieux, avec la jeunesse, un élan, une ferveur et ça je voulais en parler. 
Annie Zadek
Interview d’Annie Zadek pour l’Atelier fiction de France Culture animé par Blandine Masson, octobre 2013

À qui s’adressent les 524 questions de "Nécessaire et urgent" ?

À qui s’adressent les 524 questions de "NÉCESSAIRE ET URGENT" ? Aux fantômes ! Parce que ces centaines de questions qu’enfants, par pudeur ou par insouciance, nous n’avons pas posées aux parents, maintenant qu’ils ne sont plus là pour répondre et, peut-être, nous consoler ? n’en finissent pas de nous hanter. Quand cette forme − à la fois supplice, questionnaire policier et QCM – s’est imposée à moi comme nécessaire, urgente et... poétique, je me suis dit que j’étais en train d’écrire un manuel pour séances de spiritisme : l’écrivain n’est-il pas une sorte de médium, celui qui, au sens propre, "fait parler les morts", les pogromés, les négationnés, les disparus sans sépulture ni "dernières paroles" ? Voilà pourquoi ils ne peuvent pas répondre. Et ce silence est une menace en même temps qu’une accusation. Mais la cinquième partie a un statut entièrement différent : les questions nous sont adressées, à nous, nous qui sommes ici en ce moment, nous les "contemporains". Que faisons-nous de ce silence, de cette menace, de cette accusation ? Quelles raisons avons-nous, nous, de ne pas répondre ? Quand allons-nous prendre toute la mesure de la contamination du présent par ce traumatisme majeur survenu dans notre passé ? De son infiltration dans notre langage, notre mémoire, notre corps, nos rêves, nos paysages, jusqu’à aujourd’hui et, vraisemblablement, demain ? Car nous vivons une période cruciale de "passage de témoin" entre la mémoire communicative, celle des témoins historiques, contemporains de l’événement, et une mémoire culturelle dont il nous incombe aujourd’hui d’assumer la transmission, de questionner les échecs, de repenser les formes. Aujourd’hui plus que jamais, car la disparition imminente des ultimes témoins historiques nous y oblige, au double sens du terme, de contrainte et d’engagement moral.
Annie ZADEK, mai 2026

Infos. pratiques

  • 15h
    Entrée libre et gratuite dans la limite de la jauge
    Tout public à partir de 15 ans